Vaches

exposition Isabelle Roby - Etienne Prat - Daniel Roger

dessins - peintures - sculptures

Manoir de Villers 25 avril - 12 juin 2008

 

Ah ! Les vaches ...


Odeurs d’enfance, grands parents réels ou adoptés, le temps d’un été, percevoir tout un monde. Rangé, organisé, immuable et, surtout, dehors. Sentir l’air du matin sur son visage et l’herbe sous les pieds nus, être en pyjama dehors, instant merveilleusement gratuit. Les parents comme disparus et se déplacer sans contrainte. De la maison au jardin, du potager au verger, du verger aux granges, et dans une grange à l’étable, comme si on habitait là pour de vrai, vivre une vie qu’on a choisie tout seul. Le temps des journées longues marque à jamais les enfants.


La traite du soir avec l’apparition des chats efflanqués, effarés de l’attention qu’on leur porte, tout ce temps à rêver de les amadouer... Odeur, chaude,

appétissante, rassurante, un peu de vieux foin, poussière, et la brassée de luzerne qu’elles mâchent avec application. Il fait sombre, une faible ampoule met en relief les générations successives de toiles d’araignées. Avait-on déjà vu, derrière un éclairage, ces filaments lumineux ? On est tranquille, oublié des grands. Divers mystères et explications toutes personnelles. Le grand espoir de l’arrivée du veau, qui aura la chance d’être là ? Déjà on soupçonne qu’on ne pourra pas tout posséder. Qu’importe, demain le matin à nouveau, et toute une journée de découvertes, le temps est interminable, l’espoir toujours, on découvre sans le savoir la grande solution humaine, espérance, et mener les vaches au pré.


Tant de liberté pour le petit citadin, l’impression de respirer pour la première fois, on en suffoque presque. Et ces masses paisibles ruminantes évoquent bien la naissance, dans un monde dont on pressent sans conscience toute la sauvagerie et les contraintes.


Bien plus tard, ne pas se retourner, chercher à revoir cet univers immense, ta liberté et ta grandeur, la punition serait de le découvrir si restreint, de voir sa vie, toute petite. Alors, se contenter de regarder les vaches, éparpillées dans les prairies, tant que ça existe encore, partir loin s’il le faut. Contempler, savourer, et continuer d’avancer.


                                                          Marie Prat, avril 2008.


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